Aujourd'hui le vent a soufflé plus fort de coutume. Certes, ce n'était pas la tempête comme on peut la connaître dans les Highlands, mais tout de même déjà une bonne brise.
Eole a balayé le ciel de son humeur lunatique, chassant les nuages noirâtres pour en appeler d'autres.
Il mugit en traversant les volets de ferraille rouillée, plie l'épicéa. L'azur colore le ciel, puis disparaît. Azur de nouveau, et gris encore....
Le ciel changeant transforme avec lui mes humeurs.
On devine l'arc-en-ciel prêt à poindre, frêle hologramme éphémère dans les nues.
Tiens, cela me rappelle un conte sylvestre, un conte irlandais :
Une légende raconte qu'à l'extrémité - laquelle, ça, à vous de deviner - de chaque arc-en-ciel, qu'il soit du Labrador ou de Nouvelle-Zélande, un farfadet sage et discret dépose un chaudron noir de jais rempli d'or.
Bien des curieux, mais surtout des "grippe-sou" ont tenté en vain et depuis des siècles de mettre la main sur ce trésor. Seul, l'oiseau-roi des cieux, glissant sur le toboggan de l'arc irisé, peut l'apercevoir.
Cet oiseau couronné, que l'on aperçoit parfois planer dans le ciel nordique, région où il aime se reposer, géant comme un nuage, majestueux comme le Soleil.
Mais tous ces envieux, ces avares, ces voleurs, ces profanes ne savent pas que, dès la dernière trace de l'arc-en-ciel disparue, volatilisée, et bien, le trésor disparaît.
Et ceux-là l'ignorent car ils n'ont pas, comme vous et moi, conservé une âme d'enfant...

