On ne l'attendait plus. Et pourtant il est revenu aujourd'hui : le Soleil, astre divin et bienfaisant, qui réchauffe la terre et sort les insectes transis de leur sommeil.
Les arbres ne s'en plaignent pas. Hier encore, ils étaient secoués par Eole, et les voilà maintenant parés de bourgeons rouges et verts. Le cerisier aux branches mousseuses, glissantes de lichens, accueillera bientôt ses premières feuilles, tendres pousses vertes.
Mais le Soleil, malgré l'acclamation qui l'a accueilli, ne réchauffe guère l'atmosphère.
Heureusement pour nous, malheureusement pour les peupliers victimes, un tas de fagots, brindilles frêles et branches maîtresses mêlées, ont été entassés par un gnome malin. Armé de sa hache, il abat un par un les arbres trentenaires, peupliers géants, et les sectionne en moult branches.
Le feu qui est né de ce bois dur et craquant s'élève joyeusement dans les airs. Les brindilles craquent, des gerbes d'étincelles s'envolent et retombent plus loin. Le gnome rit. Il saute à six reprises par-dessus les flammes, Saint-Jean ressuscitée, en sifflotant un air de son pays lointain. Invitation au voyage...
Les flammes écarlates me captivent, m'envoûtent. Depuis ma plus tendre enfance, le feu a été pour moi une obsession. Il m'attire. Il m'enchante. Il danse pour moi.
Bientôt la sciure ajoutée au bûcher l'étouffe, une colonne de fumée s'élève dans les nues , blanche et âcre, et estompe toutes les formes à des lieues à la ronde. Je tousse. Le gnome disparaît dans un nuage. Je m'éloigne. Le vent souffle, disperse la vapeur de suie irritante.
Il ne reste plus rien des peupliers qui avaient bercé mes rêves durant des années...
Texte écrit le 27.02.06

