Il y a des choses pour lesquelles il vaut le coup de vivre. De vivre vraiment. De profiter de chaque instant. Parce qu'on sait qu'elles ne dureront pas, et qu'elles laisseront un goût amer dans la bouche lorsqu'on les évoquera, dans trente ans, recouvertes par la poussière des ans.
J'ai laissé mon sac rugueux et décousu sur la mousse d'un vieux chêne. Seul, mon esprit vagabonde dans l'éther du ciel qu'il perce comme un oiseau. Il faut ouvrir les yeux sur ce qui nous entoure, se construire un avenir sans oublier le passé, base de notre vie et de ce qu'il en reste à dessiner.
Ne négligeons pas non plus le présent. Chaque seconde compte lorsque la mèche de notre vie se consume trop vite.
Sur mon sac les feuilles du chêne ont commencé à tomber, rouges, jaunes, vertes dans la lumière magique de l'automne. Mon souffle s'exhale en fumée légère à chaque expiration.
Déjà la nuit tombe sur le chemin du retour. Dans le jardin, que baigne la lueur chaude du foyer à travers les fenêtres, les citrouilles ventrues luisent de leur éclat roux, parés de leur robe d'automne.
Leur parfum me guide jusqu'à l'âtre, mêlé à la fragrance délicate du champignon qui croît sous les feuilles pourrissantes.
Les uns finiront en soupes, les autres poêlés. Et ce sera un peu de ce monde, celui de l'hiver, de la brume et du brame du cerf qui nous habitera après avoir avalé la dernière bouchée.
Comme un don de la Nature si généreuse, si surprenante, et surtout si belle. Un moment de répit entre deux univers, si proches et pourtant si différents. Le dernier moment de bonheur avant de pousser la porte.
Sur la table, des châtaignes, près du feu. Des coings aussi. Cette année la récolte fut certes moins bonne, mais on ne profitera que plus de la chair tendre et parfumée de ce fruit si particulier.
C'est ma saison. C'est mon univers. Celui dans lequel j'aime évoluer, celui dans lequel je suis né. Enfant de l'automne, le seul qui sache aussi bien me comprendre, et que je comprends aussi bien.

