Sous l'épicéa grinçant, près de la haute tour de briques, dans une terre reculée, les oiseaux chantent malgré les averses glaciales.
Le gai rossignol accompagne le frêle rouge-gorge et la mésange dans les bourrasques. Ils volent dans un ciel d'hiver, maussade, entre gris et vert, rarement percé d'azur. Aujourd'hui, le soleil boude, et le dieu Eol s'en donne à coeur joie. Il ébouriffe la pie grasse et bavarde, couche le peuplier géant et soulève les feuilles humides en tourbillons moroses. Tiens, un rayon de soleil ! Malheureusement de courte durée. Ah, un autre. Ca alors !
Les gouttes tombent du toit et forment une flaque grisâtre. On pourrait presque imaginer les champignons frais, lactaires crêpues ou autre délices en chou-fleur, pousser à l'ombre des chênes.
Mais non, encore une fois de plus, je suis projeté dans mon imagination, un rêve de gosse que je suis toujours. Mon chat dort dans son panier, perdu lui aussi dans des songes éphèmères. " Moi sortir par ce temps, jamais, pense-t-il en ronronnant. Mieux vaut mourir." Le temps qui passe ne le préoccupe pas. Ni le vent. Ni la pluie. Le soleil a disparu derrière le coton sale des nuages.
Je suis malade. A cause de lui. Ce ciel instable aux giboulées rapides et incertaines, qui nous rappellent que Mars n'est pas loin.
Je pose ma plume là et je contemple l'épicéa qui grince toujours sous le vent...

